La page du "prof" : enseignement de l'aïkido.
Au dojo de Genay, je partage et je communique mon expérience de plus de vingt cinq années de pratique de l'Aïkido : l'ambiance sereine et détendue qui règne dans le dojo est une condition indispensable à l'enseignement d'un l'aïkido traditionnel, à une pratique et une étude sérieuse mais...sans se prendre au sérieux. Ne pas se prendre au sérieux signifie savoir prendre du recul sur ce que l'on fait, être lucide, garder comme on dit « la tête froide », préserver et cultiver la dimension plaisir et bien être que peut nous procurer l'aïkido.
Le meilleur résultat d'un cours, est d'entendre dire à la fin de l'entraînement, sur le parking, après une bonne douche : « Qu'est ce que je me sens bien! Encore une fois, j'ai eu raison de me bouger et de venir au cours! »
Ceux qui pratiquent depuis quelques années le savent bien, la plus grande difficulté dans l'aïkido ne réside pas dans la pratique elle même. Tout le monde peut progresser, non, la plus grande difficulté c'est, après une journée de travail, prendre le chemin du dojo....la persévérance et la ténacité.
Didier MEJEAN Enseignant du dojo Genay.
AIKIDO TRADITIONNEL
(version PDF en téléchargement en annexe à la fin de cette page)
Le terme traditionnel est utilisé par de nombreuses écoles d'aïkido, chacune d'entre elle en a sa propre représentation, qu'elle soit affichée ou implicite, d'autres l'utilise comme simple argument de marketing. Il appartient à chacun de donner sa définition, même si celle ci ne reste qu'un aperçu : l'aïkido se pratique.
Le fondateur de l'aïkido, Morihei Ueshiba, ne nous a pas légué un produit
manufacturé. Pas de normes, pas de catalogue technique figé. C'est ce qui en
fait la force et l'intérêt, une invitation à la créativité en prenant à contre
pied le standard en vogue qui place la compétition comme moteur de la réussite
et de l'épanouissement. Voici ce qu'il faut préserver.
Il ne peut pas être question de se targuer d'enseigner LE VERITABLE et
AUTHENTIQUE Aïkido, c'est une chimère, une chausse trappe qu'il faut éviter. La
seule voie possible est d'étudier avec une cohérence sans faille, croire en ce
que l'on fait tout en respectant le travail de ceux qui ont choisi une voie
différente dans leur pratique.
TRADITIONNEL, c'est le DO 道 , la manière de faire, qui se décline tant dans la
pratique, que dans son cadre ou dans les concepts pédagogiques qui guident
l'enseignant.
CONCEPTS PEDAGOGIQUES.
En Japonais, Sensei signifie « professeur, enseignant, instructeur,
... ». La forme graphique, 先生, apporte la précision : celui qui est
né avant, qui a une expérience antérieure. Enseigner c'est transmettre et
reformuler ce que d'autres nous ont appris, ce n'est pas une fin soi, c'est une
étape indispensable dans notre apprentissage de la discipline.
La transmission et la compréhension d'un art traditionnel passe par
l'expérimentation physique, le vécu. Traditionnel signifie
« transmission d'un savoir, d'individu à individu, principalement par la
parole et par le geste. »
L'enseignement est donc individualisé, les conseils sont adaptés à la
progression de chacun des pratiquants.
LA PRATIQUE, L'ENSEIGNEMENT
Le cadre de la pratique.
Ce que nous regroupons sous la terminologie « reigisaho »,
l'étiquette, le rituel (salut, relations entre les pratiquants, ….) est un
socle qui donne une assise à la pratique. Ce sont à la fois des règles de bon
sens pour une pratique en toute sécurité, le véhicule d'une tradition, d'une
histoire et d'une culture. L'observation de ces règles concourt également à
laisser nos préoccupations au vestiaire, c'est un support à la
concentration.
Une approche de la culture japonaise permettra de mieux comprendre ces aspects
de la pratique, de dissiper bons nombres de quiproquos ou malentendus et de
déjouer les velléités de pouvoir et les délires de gourous potentiels....
L'échauffement avant l'entrainement.
L' aïkitaïso consiste à préparer le corps à la pratique, à se placer
dans des conditions propices à une activité aux caractéristiques martiales.
Cette préparation est centrée sur des exercices de concentration, de
respiration, des mouvements qui mettent en œuvre l'ensemble des articulations.
La source de ce travail est principalement le Qi Gong, gymnastique de
santé dont les origines remontent à la chine ancienne.
Apprentissage des techniques d'aïkido.
L'étude se fait du global vers le particulier. L'objectif est d'appréhender la
vision d'ensemble – COMPRENDRE l'objectif global de la technique - et lorsque
cela est propice ou nécessaire, de s'attacher à des points de détails. Le
professeur va mettre en place des situations pour illustrer les principes de
base de l'aïkido (Distance, centre, utilisation de la force du partenaire ou
encore étude des atémi). Utilisés comme fil d'Ariane, ces principes vont
permettre à l'élève de construire progressivement les techniques, d'en
découvrir les subtilités et de créer des liens entre elles. Nous avons tous
vécu l'expérience de la redécouverte d'un geste, d'une technique qui nous
avaient été expliqué des dizaines ou des centaines de fois : nous
n'assimilons que ce que nous expérimentons par nous même.
Pour le fondateur Morihei Ueshiba, l'étude des armes selon les principes de
l'aïki était indissociable de la pratique à mains nues : vous serez amené
à utiliser le Boken (sabre en bois), le Jo (bâton) ou le Tanto (couteau en
bois) dès vos premiers pas sur le tatami.
S'entraîner hors du cadre du dojo.
Participer à des stages est une nécessité. En premier lieu il faut rompre les
habitudes en pratiquant avec de nouveaux partenaires. En second lieu, si une
étude sérieuse implique obligatoirement une confiance réciproque entre
l'enseignant et l'élève, il importe que ce dernier maintienne en éveil son
esprit critique en participant à des cours dirigés par d'autres
professeurs.
Aller un peu plus loin....
La pratique de l'aïkido est une opportunité pour apprécier les différences et
les points communs avec notre mode de pensée et notre culture
occidentale : système d'écriture, représentation du corps humain,
histoire, philosophie....
L'AIKIDO, UN ART MARTIAL ET UNE VOIE VERS LA CONCILIATION DES
OPPOSES.
Le terme martial évoque une activité destructrice, le terme
art une activité créatrice. Cette dualité apparente est omniprésente
dans la pratique de l'aïkido où les techniques sont autant d'outils à double
tranchant. Paradoxalement, c'est en exécutant une technique avec la volonté de
préserver l'intégrité physique du partenaire que va croître l'efficacité
martiale, faire mal est beaucoup plus simple que l'inverse. Cependant les deux
attitudes ne peuvent et ne doivent pas être dissociées.
Les schémas de la représentation mentale de binômes tels que « partenaire-
adversaire », « attaquant - défenseur » vont devoir peu à peu se
modifier et se confondre jusqu'à ce que peut être, la notion « gagnant -
perdant » s'estompe au profit de « gagnant - gagnant ».
L'entraînement vise à mettre en relation et en synergie corps, respiration et
mental, c'est le sens de AIKI 合氣. L'aspect martial nous fait toucher du doigt
le handicap de la dichotomie corps – esprit : réfléchir à la bonne réponse
à une attaque est fatal, il faut que TOUT le CORPS réagisse en bloc d'une
manière NATURELLE.. Ici, par corps il faut avoir la représentation
proposée par JF Billeter, « la totalité des facultés, des ressources et
des forces, connues et inconnues, que nous avons à notre disposition et qui
nous déterminent ». Par naturelle, il faut comprendre :
simplicité, sans fioritures, sans gestes inutiles, en accord avec les lois de
l'univers...
La technique est un outil pour arriver à l'homme. Sans la technique on peut rien trouver, mais lorsqu'on l'a trouvée, elle n'a plus de sens.
Morihei UESHIBA.
Publié le mercredi 10 novembre 2010 par dmej
Au dojo de
Genay, je partage et je communique